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Partie 1
l’économie collaborative ou de partage

Par Marina Jolly, Ambassadrice CHNGR à l’UdeM.

 

La plus grande prouesse des gourous de l’économie collaborative comme Rachel Botsman, c’est de nous donner le sentiment que nous ne sommes plus de simples consommateurs… que nous avons du pouvoir, et que cette économie nous libère des chaines rouillées d’un autre âge où les modèles économiques classiques nous prenaient notre pactole sans nous demander notre avis, juste pour s’enrichir et sans aucune considération pour le bien-être social des communautés. La mission est noble : nous aider à nous penser comme des personnes capables de contribuer à transformer l’économie.

 

Mais vous êtes-vous déjà demandé où résidait la différence entre aller dans hôtel soigneusement choisi en fonction des avis d’autres voyageurs glanés par exemple sur Trip Advisor, et aller dans un logement Airbnb uniquement consacré à la location, c-à-d où les hôtes ne résident pas ?

« Mais, ça n’a rien à voir, Airbnb c’est de l’économie collaborative/du partage, tu deales directement avec des vraies personnes, on est entre particuliers ! »

« Ah, donc pas d’intermédiaire qui va se prendre une belle commission au passage comme les agences immobilières, on est entre nous, c’est super ! »

« Euh… ben si, on paie une commission, mais c’est pas comme les agences, c’est une communauté virtuelle de particuliers vraiment cools ! »

 

Ah, jeune aficionado de l’économie collaborative tendance Silicon Valley… Ne te méprends pas, je ne condamne pas Airbnb, c’est super, ça permet d’aller dans des lieux improbables qui ne ressemblent pas à la chambre d’hôtel générique dans laquelle je restais passivement durant les décennies précédentes (la moquette aux motifs géométriques qui te donne vaguement la nausée et qui gratte les pieds, le tableau avec un paysage qui te rappelle Twin Peaks, etc). Bref. Parfois, avec Airbnb, tu peux même rencontrer une personne vraiment cool qui va t’envoyer dans des endroits que seul un local peut connaître, et avec qui tu auras désespérément envie de devenir ami (dommage, ils vivent à 3000 km de chez toi et tu ne les reverras probablement jamais… Lauren, Shawn, si vous me lisez !).

 

Mais dans le fond, tu n’es pas un collaborateur, tu n’es pas membre d’une communauté soudée, tu es… toujours un client, rien n’a changé ! Tu ne me crois pas ? Ok, creusons un peu.

 

 

Revenons aux basiques :
c’est quoi l’économie ?

Bon, on va faire simple, c’est un billet de blogue et pas une thèse de doctorat. Selon le Larousse, l’économie c’est l’« ensemble des activités d’une collectivité humaine relatives à la production, à la distribution et à la consommation des richesses ».

Le rôle de l’entreprise là-dedans, c’est de produire et/ou distribuer certains produits ou services. Il existe de nombreuses formes d’entreprises, mais typiquement, dans l’économie capitaliste, elle est privée, à but lucratif, propriétaire de ses moyens de production et elle embauche des salariés organisés selon un système hiérarchique.

Cependant, de nos jours, plusieurs tendances viennent chambouler ce modèle classique. En voici quelques unes:

L’open source, les licences Creative Commons et la popularité croissante des Fablabs par exemple bousculent l’idée de la propriété intellectuelle jalousement gardée et ouvrent l’accès aux modes de production : on parle de consommateurs-producteurs.

Pour des raisons variées (équilibre famille-travail, santé, motivation, adaptabilité), certaines entreprises se réorganisent de manière horizontale ou impliquent les employés dans un processus de décision démocratique, comme dans les coopératives de travailleurs.

Les consommateurs utilisent de plus en plus Internet et les médias sociaux pour communiquer entre eux sur les entreprises, en bien comme en mal, obligeant ces dernières à faire ce que l’on appelle de la gestion de communauté.

Mais au-delà des entreprises, c’est le concept même des richesses qui évolue. De nos jours, l’économie est principalement tertiaire, soit une économie de services, ce qui mène les entreprises à revoir leur offre. En plus de cela, les entreprises évoluent dans un contexte de développement durable, et doivent progressivement prendre conscience de leur impact socio-écologique pour le rendre plus positif.

Forme juridique, mode de travail, offre, empreinte écologique, rapports avec les consommateurs… Autant de caractéristiques sur lesquelles les entreprises peuvent choisir d’évoluer pour être en phase avec le contexte sociétal actuel, et autant d’occasions de communiquer leur vertu, réelle ou projetée !

 

Revenons à nos moutons :
et l’économie collaborative, alors ?

Déjà, soyons clair : il n’existe pas UNE définition de l’économie collaborative. En revanche, il est vrai que la plupart du temps l’expression se réfère à l’économie collaborative type Airbnb/Uber et consorts. Si l’on reprend trois des caractéristiques évoquées juste au-dessus, où se situent-elles ?

► LA FORME : Airbnb, Uber et leurs cousines sont des entreprises privées à but lucratif en recherche de croissance pour la plupart. Tu ne collaboreras pas au processus décisionnel, mais tu pourras toujours mettre un commentaire emphatique à ton hôte…

► LE MODE DE TRAVAIL : dans le cas des deux entreprises citées au-dessus, les employés et l’équipe de direction font tourner la plateforme/l’application (oui, on les oublie souvent!), et les hôtes ou les chauffeurs fournissent le service. On ne peut pas vraiment parler de collaboration entre ces groupes, et comme on l’a vu au-dessus, ces entreprises ne sont pas des coopératives, ce qui signifie que l’impact des employés sur le processus décisionnel est à la discrétion de la direction (et dans les cas qui nous occupent, il reste limité). De plus, certains commencent à dénoncer des dérives qui feraient revenir les droits du travail quelques décennies en arrière.

► L’OFFRE : officiellement, Airbnb et Uber offrent du lien social, de la liberté, l’appartenance à une communauté. En fait, quand on recule d’un pas, l’offre c’est surtout une plateforme, très bien faite, et un moyen d’arrondir ses fins de mois pour les hôtes/chauffeurs. Mais la communauté ici est plus à comprendre comme un groupe de personnes qui utilisent un même outil en ligne, pas une gang de voisins qui se retrouvent dans un lieu commun pour emprunter des outils ou apprendre à faire de la bière entre amis (wink wink La Remise !).

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Airbnb et Uber offrent donc des alternatives intéressantes parfois à des prix très concurrentiels, on ne le niera pas. 

Mais le problème est qu’en investissant le champ lexical de l’économie collaborative, ces entreprises avalent dans leur sillage des modèles réellement participatifs et coopératifs et fondés sur le partage.

Ce faisant, elles les empêchent de réellement se différencier à moins de recourir à une autre terminologie, et de plus bénéficient de leur aura « sociale ». Hugues Sibille, directeur du Labo de l’économie sociale et solidaire en France, propose donc de distinguer l’économie collaborative capitaliste et l’économie collaborative coopérative, en utilisant comme critères de différenciation la forme juridique, la gouvernance et la finalité du projet d’entreprise.  Quant à Michel Bauwens, un des théoriciens francophones du mouvement peer-to-peer, il considère que la vraie économie collaborative existe lorsque des individus s’organisent de manière autonome afin de créer ensemble un bien commun.

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La morale de ce billet et de ceux qui suivront est la suivante: le langage et les mots sont importants, ils nous permettent de communiquer et de nous comprendre. Mais lorsque le contenant (le mot) est insuffisant ou incapable de bien refléter le contenu (la signification), il nous faut aller au-delà.

 

Dans le cas des nouveaux concepts économiques, cela signifie identifier et comprendre les valeurs de chaque acteur, notamment en s’appuyant sur les critères suivants: la finalité, la forme juridique et le mode de gouvernance.

 

Alors, jeune aficionado de l’économie façon 21e siècle, la situation s’éclaire ? Quoi ? La différence entre économie collaborative et économie de partage ? L’économie sociale et l’économie solidaire ? Questions très pertinentes… qui appellent des réponses élaborées ! Alors reste branché sur notre blogue pour notre série de billets sur la jungle lexicale des nouveaux concepts économiques !

 

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